• Rencontre avec les Volturi

    1volturi
    (The Volturi)
    Extrait de Tentation :
     
    - Salutations, messieurs, lança Edward, en feignant le calme et l'enjouement. Il semble que je n'aurais finalement pas besoin de vos services aujourd'hui. Cependant, je vous saurais infiniment gré de remercier vos maîtres pour moi.
    (...)
    - Cherchons un abri plus adapté.
    - Je vous suis, céda Edward d'un ton brusque. Bella, retourne donc sur la place et profite des festivités.
    - Non, que la fille vienne, exigea le dénommé Félix en réussissant à injecter des accents sadiques dans son murmure.
    - Pas question !
    La prétendue civilité d'Edward avait disparu, laissant place à un ton glacial. Il déplaça le poids de son corps de manière à peine perceptible, et je devinai qu'il se préparait à se battre. "Non", fis-je avec les lèvres. "Chut", me retourna-t-il pareillement.
    (...)
    - Allons, allons, un peu de tenue ! suggéra une voix musicale. Il y a des dames, ici.
    Alice vint se ranger à côté de son frère. Elle était décontractée, ne laissait percevoir aucune tension sous-jacente. Elle avait l'air si petite et fragile avec sa manière d'agiter les bras comme une enfant. Pourtant, Démétri et Félix se redressèrent, leurs manteaux soulevés par une bourrasque, et le deuxième se renfrogna. Apparemment, ils n'appréciaient guère d'être à forces égales.
    (...)
    - Non ! répliqua Edward en serrant les dents, ce qui arracha un sourire à Félix.
    - Ca suffit ! 
    Le commandement aux intonations haut perchées et grêles venait de derrière nous. Regardant sous l'autre bras d'Edward, je découvris une petite silhouette sombre qui approchait. Un des leurs, forcément. D'abord, je crus avoir affaire à un jeune garçon. Il était aussi menu qu'Alice, et ses cheveux châtains étaient coupés court. Sous le manteau presque noir, le corps était fluet et androgyne. Mais les traits étaient trop fins pour appartenir à un mâle. Les immenses prunelles et les lèvres pleines auraient donné des allures de gargouille à un ange de Botticelli.
    (...)
    Edward laissa tomber ses bras et décontracta lui aussi, mais c'était un geste de défaite.
    - Jane ! soupira-t-il, résigné.
    Alice, elle, resta impassible.
    - Suivez-moi ! ordonna Jane de sa voix enfantine.
    Nous tournant le dos, elle s'enfonça sans bruit dans la venelle. D'un geste, Félix nous invita à lui emboîter le pas, un rictus victorieux sur le visage. Alice obtempéra aussitôt. Edward enlaça ma taille et m'entraîna sur ses talons. L'allée se rétrécissait et bifurquait légèrement. Je levai des yeux interrogateurs vers Edward, mais il se borna à secouer la tête. Je n'entendais ni Félix ni Démétri, j'étais cependant sûre qu'ils étaient à nos basques.
    (...)
    Rapidement, l'obscurité fut totale. Mes piétinements maladroits résonnaient dans l'espace, lequel semblait vaste. Je n'avais aucune manière de m'en assurer. Mis à part le martèlement de mes pieds et les battements sourds de mon pouls, il n'y avait pas un bruit, sauf, une fois, un soupir exaspéré venant de l'arrière. Edward veillait à ne pas me lâcher. La main qui ne tenait pas mes reins était posée sur mon visage et, de temps en temps, son pouce caressait le contour de ma bouche. Parfois aussi, je le sentais qui enfouissait son nez dans mes cheveux. Comprenant que c'était la dernière fois que nous étions réunis, je me collai à lui.
    (...)
    Notre route continua de s'enfoncer sous terre, et j'eus du mal à ne pas céder à la claustrophobie. Seuls les doigts d'Edward caressant mes joues m'empêchaient de hurler. J'ignore d'où venait la lumière, mais, peu à peu, le tunnel noir devint gris. Je pus distinguer des ruisselets d'humidité ébène sur les pierres ternes, comme si ces dernières avaient saigné de l'encre.
    (...)
    Nous étions dans un couloir vivement éclairé, parfaitement banal. Les murs étaient blanchis à la chaux, le sol moquetté de gris. Des néons carrés étaient ménagés dans le plafond. L'air était plus tiède, et j'en fus bien contente. Après la pénombre des égouts fantomatiques, cet endroit me paraissait remarquablement inoffensif.
    Edward ne paraissait pas partager cette opinion, car il fusillait du regard la silhouette sombre qui se tenait près d'un ascenseur, tout au bout du couloir que je parcourus, encadrée par lui et Alice, cependant que la lourde porte en bois massif se refermait bruyamment derrière nous et que, une fois de plus, des verrous étaient tirés. Jane, une expression apathique sur le visage, nous tenait l'ascenseur ouvert.
    (...)
    L'ascension fut de courte durée, et nous débouchâmes dans ce qui ressemblait à la réception d'un bureau chic. Les murs étaient lambrissés, les sols couverts d'une épaisse moquette vert foncé. Il n'y avait pas de fenêtres, mais de grands tableaux brillamment éclairés représentant des paysages toscans.
    (...)
    Un haut comptoir en acajou occupait le centre de la pièce. La femme qui se tenait derrière me laissa pantoise. Grande, la peau sombre et les yeux verts, elle aurait été très jolie... dans tout autre endroit. Car elle était on ne peut plus humaine, comme moi. Que fabriquait-elle ici, parfaitement à l'aise, au beau milieu d'un nid de vampires ?
    - Bonjour, Jane, dit-elle avec un sourire exquis.
    Elle jaugea notre groupe sans marquer de surprise, en dépit d'Edward et de son torse nu qui scintillait doucement sous l'éclairage artificiel, en dépit de moi, décoiffée, débraillée et, comparativement, hideuse.
    - Gianna, répondit Jane avec un salut de la tête.
    (...)
    - Jane.
    - Alec.
    Ils s'embrassèrent sur la joue, puis il nous contempla.
    - Ils t'ont envoyée en chercher un, et tu reviens avec deux... et demi, murmura-t-il en me remarquant. Beau travail.
    Jane s'esclaffa, un rire où suintait le plaisir, tels les gazouillis d'un bébé.
    (...)
    Une fois de l'autre côté, je retins un gémissement. De nouveau, nous étions dans une salle en pierre, le même matériau que la place, la ruelle et le souterrain. Il y faisait sombre et froid. Cette antichambre était modeste et donnait sur une pièce caverneuse beaucoup plus claire, ronde comme la tour d'un château... ce qu'elle était sans doute.
    (...)
    La pièce n'était pas vide. Une poignée de personnes étaient réunies, s'adonnant à l'agréable exercice de la conversation. Le murmure de voix basses et posées formait un arrière-fond sonore assez doux.
    (...)
    Les visages splendides se tournèrent vers nous quand nous entrâmes. La plupart de ces immortels étaient vêtus de pantalons et de chemises anodins, des tenues susceptibles de passer inaperçues dans les rues, mais l'homme qui prit le premier la parole portait une tunique flottante noire comme la nuit qui traînait par terre. Un instant, je confondis la longue chevelure noire du vampire avec une éventuelle capuche.
    (...)
    Il orienta ses prunelles embrumées vers nous, et son sourire s'élargit.
    - Et voici Alice ! Et Bella ! se réjouit-il en tapant des mains. Quelle merveilleuse surprise ! Merveilleuse !
    Je fus choquée qu'il prononçât nos noms de façon aussi informelle, à croire que nous étions de vieux amis qui lui rendaient une visite surprise.
    (...)
    - Tu vois, Edward, que t'avais-je dit ? N'es-tu pas heureux que je ne t'aie pas accordé ce que tu me demandais hier ?
    - Je le suis, Aro, en effet, répondit-il en resserrant sa prise autour de ma taille.
    - J'adore quand ça se termine bien, soupira Aro. C'est tellement rare. Mais j'exige de connaître comment c'est arrivé. Alice ? Ton frère semble te considérer comme infaillible. Pourtant, il y a eu erreur.
    - Oh, je suis loin d'être infaillible, riposta Alice en lui adressant un sourire éblouissant, tout à fait à l'aise apparemment, si ce n'est qu'elle serrait les poings. Comme vous le constatez, je provoque autant de problèmes que j'en résous.
    (...)
    - Je suis navrée, s'empressa-t-il de s'excuser. Nous n'avons pas été présentés dans les formes, n'est-ce pas ? (...) C'est que, figure-toi, je partage un peu du don d'Edward, bien que mon pouvoir soit limité, ce qui n'est pas son cas.
    Il secoua la tête, envieux.
    - Limité et néanmoins beaucoup plus puissant, le corrigea Edward sèchement. Aro, expliqua-t-il à l'intention d'Alice, a besoin d'un contact physique pour lire dans les pensées d'autrui, mais il entend bien plus de choses que moi. Tu sais que je ne distingue que ce qui passe dans le cerveau de quelqu'un à un moment donné. Aro, lui, capte tout ce qui a jamais meublé l'esprit d'une personne.
    Alice souleva ses délicats sourcils, Edward inclina la tête - deux gestes qu'Aro ne loupa pas non plus.
    - Cependant, être capable de lire à distance..., soupira-t-il en les désignant, allusion à l'échange muet qui venait d'avoir lieu. Ce serait tellement pratique !
    (...)
    - Stupéfiant, marmonnait Aro en secouant la tête. Vraiment stupéfiant.
    Alice était agacée de ne pas savoir. Se tournant vers elle, Edward lui expliqua brièvement les choses à demi-voix.
    - Marcus détecte les relations. Il a été ahuri par l'intensité de la nôtre, à Bella et moi.
    - Tellement pratique, répéta Aro en souriant avant de s'adresser à nous. Il en faut pas mal pour surprendre Marcus, croyez-moi.
    Vu le visage mort dudit Marcus en question, j'en fus convaincue.
    - C'est juste si délicat à comprendre, même maintenant, continuait Aro en fixant le bras d'Edward autour de ma taille. (J'avais du mal à suivre le cheminement chaotique de ses réflexions.) Comment supportes-tu de rester aussi près d'elle ?
    - Cela exige plus d'efforts qu'il n'y paraît, répondit Edward.
    - N'empêche... la tua cantante ! Quel gâchis !
    - Je préfère considérer que c'est le prix à payer, riposta Edward avec un rire sec.
    (...)
    - Puis-je ? demanda-t-il en levant la main.
    - Posez-lui la question directement, répliqua Edward.
    - Bien sûr ! Quelle impolitesse de ma part ! Bella, ajouta-t-il en pivotant vers moi, je suis fasciné que tu sois la seule à résister à l'impressionnant talent d'Edward. Il est tellement passionnant de découvrir pareil phénomène. Comme nos dons sont similaires par bien des côtés, je me demandais si tu aurais la gentillesse de m'autoriser à vérifier si, pour moi aussi, tu es... illisible.
    (...)
    Quoi qu'il en soit, je m'approchai de l'antique vampire et soulevai lentement la main. Elle tremblait. Aro avança et tenta de prendre un air rassurant, j'imagine (...) Il tendit la main à son tour, comme pour serrer la mienne, et appuya sa peau apparemment dénuée de substance contre mes doigts. (...) Ses traits s'altérèrent. La confiance en soi vacilla, se transmuta en doute, puis en incrédulité avant que le masque amical reprenne sa place.
    - Très intéressant, commenta-t-il avant de s'écarter.
    (...)
    - Une première ! marmonna-t-il. J'aimerai savoir si elle également immunisée contre nos autres talents... Jane, très chère ?
    - Non ! gronda aussitôt Edward.
    Alice attrapa son bras ; il se libéra d'un geste. La petite Jane sourit joyeusement à Aro.
    - Maître ?
    (...)
    - Non ! cria Alice au moment où Edward se jetait sur elle.
    Avant que j'aie eu le temps de réagir, avant que quiconque ait pu s'interposer, avant même que les gardes du corps aient bougé, Edward se retrouva gisant au sol. Personne ne l'avait touché, et pourtant il se tordait de douleur sous mes yeux horrifiés. Jane ne souriait plus qu'à lui, et je compris tout à coup ce qu'Alice avait voulu dire par "pouvoirs formidables", pourquoi tous les vampires traitaient Jane avec autant de déférence et pourquoi Edward s'était jeté devant moi avec qu'elle me fasse subir le même sort.
    (...)
    - Jane ! lança Aro d'un ton paisible.
    Elle leva des yeux interrogatifs vers lui, visiblement enchantée. Sitôt qu'elle eût cessé de s'intéresser à lui, Edward s'immobilisa. Aro me désigna du menton. Jane tourna son sourire vers moi. Je ne la regardais pas, obnubilée par Edward, me débattant toujours contre le poigne d'Alice.
    (...)
    Nos prunelles se croisèrent, et les siennes me parurent frappées d'horreur - à cause de ce qu'il venait de subir, pensai-je aussitôt. Mais elles papillotèrent entre Jane et moi, et il se relaxa. Moi aussi, je reportai mon attention sur la jeune femme. Elle ne souriait plus, affichait au contraire un air plutôt contrarié, mâchoires serrées sous la concentration. Je me tassai sur moi-même, guettant la vague de souffrance.
    Rien de se produisit.
    Edward avait regagné sa place à mon côté. Il effleura le coude de sa soeur qui me rendit à lui. Aro se mit à rire.
    - Ha ! Ha ! Ha ! C'est extraordinaire.
    Jane siffla de rage et se pencha, comme pour bondir.
    - Ne sois pas fâchée, très chère, la consola Aro en posant une main légère sur son épaule. Elle nous prend tous au dépourvu.
    (...)
    - Aro ! intervint Caïus. Les lois l'exigent !
    - Comment ça ? riposta Edward en le toisant.
    Il avait sûrement deviné ce que Caïus avait en tête, sauf qu'il paraissait déterminé à l'obliger à le formuler à voix haute. Le vieux vampire tendit un doigt squelettique vers moi.
    - Elle en sait trop. Tu as dévoilé nos secrets.
    - J'ai repéré quelques humains dans votre mascarade, lui rappela Edward.
    Je pensai à la jolie réceptionniste. Le visage de Caïus se tordit... en un sourire ?
    - En effet, admit-il. La différence, c'est qu'une fois qu'ils ne nous sont plus utiles, ils nous servent de repas. Ce qui n'est pas le sort que tu réserves à celle-ci. Si elle nous trahissait, serais-tu prêt à la détruire ? Je ne pense pas.
    - Jamais je ne..., commençai-je avant de m'interrompre, réduite au silence par un regard réfrigérant de Caïus.
    - De même, tu n'as pas l'intention d'en faire une des nôtres, continua-t-il. Elle représente donc un point faible. Pour cela, seule sa vie mérité d'être sacrifiée. Rien que la sienne. Toi, tu peux partir, si tu le veux.
    Edward montra les dents.
    (...)
    Soudain, Alice s'avança et, sans un mot, tendit sa propre main à Aro. Ce dernier chassa d'un geste ses gardes du corps, qui s'étaient rapprochés. Il prit les doigts d'Alice avec une avidité sans pareille. Baissant la tête, il ferma les paupières et se concentra. Immobile, Alice ne trahissait aucune émotion. J'entendis Edward claquer des mâchoires.
    (...)
    - Ha ! Ha ! Ha ! s'esclaffa-t-il, les iris allumés par la joie. C'était fascinant.
    - Ravie que ça vous ait plu, rétorqua Alice avec un sourire sec.
    - Voir ce que tu as vu, surtout ce qui n'est pas encore arrivé, s'émerveilla-t-il.
    - Mais qui ne manquera pas de se reproduire, insista-t-elle.
    - Oui, oui, ça paraît évident. A mon avis, il n'y a plus de problème.
    (...)
    - Nous sommes donc libres de nous en aller ? demanda Edward d'un ton égal.
    - Oui, oui, acquiesça Aro. Mais revenez nous voir. Votre visite a été absolument captivante.
    - Et, de notre côté, nous viendrons chez vous, précisa Caïus, avec une mine de lézard. Histoire de vérifier que vous avez rempli votre part du contrat. A votre place, je ne tarderais pas trop. Nous ne donnons pas de deuxième chance.
    (...)
    Un troupeau de gens entrait par la petite porte en bois, envahissant la première pièce en pierre brute. Démétri nous fit signe de nous écarter, et nous nous collâmes au mur pour laisser passer la meute.
    - Bienvenue, mes amis ! entendis-je Aro chantonner. Bienvenue à Volterra !
    La quarantaine de personnes disparut dans la grande salle ronde que nous venions de quitter. Certaines étudiaient les lieux, tels des touristes. D'autres semblaient perdues, comme si le prétexte qui les avait amenées ici n'avait soudain plus de sens. (...) Edward attira mon visage contre son torse. Malheureusement, j'avais déjà saisi.
    (...)
    Heidi hocha la tête puis fila dans la tour, non sans m'avoir auparavant jeté un ultime coup d'oeil intrigué. Edward accéléra le pas au point de m'obliger à courir pour ne pas être distancée. Néanmoins, nous ne réussîmes pas à franchir le seuil de la pièce suivante avant que les hurlements se mettent à retentir.

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