• Le côté sombre d'Edward

    90
    (The most dangerous predator)
    Extrait de Fascination :
     
    Une odeur fraîche et sucrée, délicieuse et unique, qui me mit l'eau à la bouche. Instinctivement, je me penchai, inhalant à plein nez. Alors, il s'achappa. Le temps que je reprenne mes esprits, il se tenait à dix mètres de moi, au bord de la clairière, dans la pénombre d'un énorme sapin. Il me fixait de ses iris sombres, arborant une expression énigmatique.
    (...)
    L'adrénaline envahit mes veines au fur et à mesure que le danger s'imposait à ma conscience. Il le flaira sans peine, et sa moue devint narquoise.
    - Je suis le meilleur prédateur au monde, n'est-ce pas ? Tout en moi t'attire - ma voix, mes traits, mon odeur. Comme si j'avais besoin de ça !
    Brusquement, il se remit debout et disparut d'un bond pour réapparaître sous le même arbre qu'auparavant. Il avait fait le tour de la clairière en moins d'une seconde.
    - Tu ne pourrais pas m'échapper ! s'esclaffa-t-il avec amertume.
    Il arracha au sapin une branche de cinquante centimètres de diamêtre - le bruit fut assourdissant, le geste facile - et joua avec pendant un instant avant de la jeter à une vitesse effarante contre le tronc d'un autre arbre énorme, où elle explosa. Puis, il fut de nouveau devant moi, aussi figé qu'un roc.
    - Tu ne pourrais pas me résister, murmura-t-il.
    Je n'avais pas bronché, effrayée pour de bon. C'était la première fois que je voyais tomber sa façade soigneusement cultivée ; jamais il n'avait été aussi peu humain, ni plus beau. Hébétée, stupéfiée, j'étais un oiseau pris au piège d'un serpent. Ses yeux magnifiques semblaient briller d'une âpre excitation. Ils se ternirent peu à peu, et son visage retrouva le masque de tristesse qui était le sien d'ordinaire.
    - N'aie pas peur, chuchota-t-il, ses intonations veloutées volontairement séductrices. Je te promets... Je te jure de ne jamais te faire de mal.
    (...)
    - J'ai peur parce que, pour des raisons évidentes, je ne peux pas rester avec toi. Or, j'ai peur d'en avoir envie de manière déraisonnable.
    Je ne le regardais plus - il m'était difficile de prononcer ces paroles tout haut.
    - Oui, désirer ma compagie est effectivement effrayant. Et vraiment pas dans ton intérêt. (Je fronçai les sourcils.) J'aurais dû m'éloigner depuis longtemps. Il faudrait que je parte, là, tout de suite. Hélas, je ne suis pas certain d'en avoir la force.
    - Je ne veux pas que tu t'en ailles.
    - Voilà exactement pourquoi je devrais m'y résourdre. Ne t'inquiète pas, va. Je suis égoïste. Moi aussi, je désire trop ta compagnie pour être raisonnable.
    - J'en suis heureuse.
    (...)
    - Ce n'est pas seulement ta compagnie que je désire, reprit-il. Ne l'oublie jamais. Rappelle-toi que je représente un danger sans égal pour toi, que je suis la menace absolue.
    Il s'interrompit. Levant la tête, je m'aperçus qu'il fixait sans la voir la forêt.
    (...)
    - Bon, reprit-il un peu plus tard, tu sais que les gens n'ont pas les mêmes goûts. Certains aiment la glace au chocolat, d'autrent préfèrent la fraise. (J'acquiesçai.) Désolé pour cette comparaison malheureuse, je n'ai pas trouvé mieux. (Nous rîmes.) Tu vois, chacun à une odeur particulière, une essence personnelle. Si tu enfermais un alcoolique repenti dans une pièce pleine de bière frelatée, il réussirait à résister. Mais supposons que tu remplaces la bières éventée par un verre d'un excellent et rarissime cognac, que tu remplisses la pièce de ce seul et puissant arôme de vieux brandy, comment crois-tu qu'il se débrouillerait ?
    (...)
    - La métaphore est sûrement mal choisie. Il n'est peut-être pas si difficile de résister au cognac. J'aurais dû prendre un héroïnomane.
    - Serais-tu en train de me suggérer que je suis une dose d'héroïne ?
    - Exactement.

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