• La vision d'Alice

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    (To Volterra, part 1)
    Extrait de Tentation :
     
    - Bella...
    C'était lui. La voix cassée. Je relevai la tête, le découvris qui hésitait sur le seuil de la cuisine. Contrairement à ce que j'avais cru, il ne s'en était pas allé. Remarquant brusquement des gouttes cristalines sur mes doigts, je me rendis compte que je pleurais. La froideur de Jacob avait cédé la place à l'anxiété et au malaise. Il revint rapidement vers moi et se baissa de façon à ce que nos yeux soient à la même hauteur.
    - J'ai recommencé, hein ? murmura-t-il.
    - Quoi ? marmonnai-je entre deux sanglots.
    - J'ai trahi ma promesse. Désolé.
    - Pas grave. C'est moi qui ai ouvert les hostilités, cette fois.
    - Je connaissais ton amitié pour eux, avoua-t-il, en grimaçant. Je n'aurais pas dû être aussi surpris.
    Sa révulsion était palpable. J'aurais voulu lui expliquer ce qu'Alice était en réalité, la défendre contre ses préjugés - quelque chose m'avertit que ce n'était pas le bon moment.
    (...)
    - Tu attendras, hein ? Tu restes mon ami, bien que j'aime aussi Alice ?
    Il ne répondit pas immédiatement, et je n'osai relever la tête, par peur de ce que je risquais de lire sur son visage. C'était sans doute aussi bien.
    - Oui, bougonna-t-il enfin, je serai toujours ton ami, qui que tu aimes.
    - Juré ?
    - Juré.
    (...)
    Je poussai un long soupir. Nous nous dévisageâmes un long moment. Sa peau brûlait la mienne. Je devinais que mes traits n'exprimaient qu'une insondable tristesse. Je n'avais pas envie de dire au revoir, aussi courte dût être notre séparation. Lui aussi semblait mélancolique. Soudain, il lâcha ma taille, et ses doigts effleurèrent ma joue ; ils tremblaient, mais plus de rage. Il emprisonna ma figure entre ses paumes incandescentes.
    - Bella, murmura-t-il.
    Je me figeai. Non !  Je n'avais pas encore pris de décision. Je ne savais pas si j'en étais capable et, pour l'instant, je n'étais pas en état d'y réfléchir.
    (...)
    Sans me quitter des yeux, Jacob se pencha vers moi, et je n'avais toujours rien décidé.
    La sonnerie stridente du téléphone nous fit sursauter, mais elle n'interrompit pas son geste. La main qui soutenait mon menton se tendit pour attraper l'appareil, tandis que l'autre restait collée à ma joue. Ses prunelles noires ne dévièrent pas des miennes. 
    (...)
    - Maison Swan ? dit Jacob de sa voix sourde et intense.
    Son interlocuteur parla, et le visage de Jake se transforma en une seconde. Se redressant, il me lâcha, ses prunelles perdirent leur éclat, son visage pâlit.
    (...)
    - Il est absent, lâcha Jacob sur un ton presque mançant.
    Il y eut une brève réponse, apparemment une demande de renseignements plus précis, car il ajouta avec réticence :
    - Il est à l'enterrement.
    - Sales buveurs de sang ! grommela-t-il en se retournant vers moi, le masque revêche de nouveau en place.
    - Qui était-ce ? m'écriai-je, furieuse. On ne raccroche pas comme ça au nez des gens ! Chez moi ! Avec mon téléphone !
    - Du calme ! C'est lui qui a raccroché le premier.
    - Lui ? Qui donc ?
    - Le docteur Carlisle Cullen, répliqua-t-il en insistant sur le titre, moqueur.
    (...)
    Il fila en direction de la porte de derrière et, une fois de plus, s'arrêta aussi sec. Alice se tenait immobile, au pied des l'escalier.
    - Bella ! haleta-t-elle.
    Me remettant debout, je la rejoignis en tanguant. Ses pupilles étaient voilées, lointaines, sa peau encore plus blême que d'ordinaire. Elle semblait secouée par une agitation intérieure.
    - Qu'y a-t-il ? m'exclamai-je en posant mes paumes sur sa figure pour essayer de la calmer.
    Brusquement, ses yeux plongèrent dans les miens, agrandis par le chagrin. 
    - Edward ! chuchota-t-elle.
    (...)
    - C'était Edward, poursuivit-elle sans relever. Il croit que tu es morte.
    Mon cerveau se remit en marche. Ce n'étaient pas là les mots que j'avais eu peur d'entendre, et le soulagement m'éclaircissait les idées.
    - Rosalie lui a annoncé que je m'étais suicidée, c'est ça ? soupirai-je en me détendant.
    (...)
    - Bella, murmura Alice, Edward ne rappellera pas. Il l'a cru.
    "Et alors ?" répondis-je avec les lèvres, car j'étais hors d'état de m'exprimer à voix haute tant j'étouffais.
    - Il s'apprête à partir en Italie, précisa-t-elle.
    (...) 
    - NON !
    (...)
    - Mais tu as dit que nous n'avions pas de temps à perdre. A quoi songeais-tu ?
    (...)
    - S'ils acquiescent à sa demande, enchaîna-t-elle, nous arriverons trop tard. S'ils refusent et qu'il met en pratique son projet, nous arriverons trop tard aussi. Sauf s'il cède à ces tendances théâtrales... ça devrait nous donner un peu de répit.
    - Alors, fonçons !
    (...)
    - Ne pars pas ! me chuchota Jacob.
    (...)
    - Je t'en prie, Bella, je t'en supplie.
    Ses yeux noirs brillaient de larmes. Une boule se forma dans ma gorge.
    - Jake, il faut que...
    - Non. Tu n'es pas obligée. Tu pourrais rester ici avec moi. Tu pourrais rester vivante. Pour Charlie. Pour moi.
    (...)
    Le reverrais-je jamais ? Cette pensée m'arracha un sanglot, et je l'enlaçai violemment, trop brièvement néanmoins, enfouissant mon visage humide contre son torse. Sa grande paume se posa sur ma nuque, comme pour me retenir.
    - Au revoir, Jake.
    J'ôtai sa main de mon cou, l'embrassai.
    - Désolée, ajoutai-je sans réussir à affronter ses prunelles.

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