• Inquiétude


    (Beck and bat for lashes - Let's get lost)
     
    Extrait de Hésitation :
     
    Mes devoirs étaient terminés, et je ne me sentais pas assez calme pour lire ou écouter de la musique. J'envisageai d'appeler Renée afin de lui annoncer notre prochaine visite, puis calculai qu'il était trois heures du matin en Floride. Je pouvais toujours téléphoner à Angela.
    Puis je compris que ce n'était pas à elle que je souhaitais parler. Que j'avais besoin de parler.
    Je contemplai la fenêtre sombre en me mordant la lèvre. J'ignore combien de temps j'hésitai, pesant le pour - bien me comporter avec Jacob, revoir mon ami le plus cher, être une fille bien - et le contre - fâcher Edward. Un dizaine de minutes, peut-être. Assez en tout cas pour conclure que le pour l'emportait sur le contre. Après tout, seule ma sécurité inquiétait Edward, ce qui était absurde.
    Inutile d'appeler. Jacob avait décliné tous mes coups de fil depuis le retour d'Edward. Et puis, il me fallait le rencontrer en chair et en os, il m'était nécessaire de le revoir sourir comme autrefois, de remplacer l'abominable dernier souvenir que j'en avait gardé - ses traits déformés par le chagrin. Sinon, je ne serais jamais en paix. Je disposais d'environ une heure devant moi pour faire à La Push avant qu'Edward ne s'aperçoive que j'avais filé. L'heure de mon couvre-feu était certes dépassée, mais Charlie n'objecterait pas, puisqu'il s'agissait de Jake.
    Enfilant ma veste à toute vitesse, je dégringolai l'escalier. Mon père leva la tête, soupçonneux.
    - Ca ne t'ennuie pas si je vais chez Jacob ce soir ? Je ne resterai pas longtemps.
    Dès qu'il entendit le prénom, il se détendit et sourit, très content de lui, comme s'il n'était pas étonné que sa leçon de moral eût agi aussi vite.
    - Pas de soucis, chérie. Ne te presse pas.
    - Merci, papa.
    Je déguerpis. A l'instar de tout fugitif, je ne pus me retenir de regarder à plusieurs reprises par-dessus mon épaule tandis que je trottais vers ma camionnette. La nuit était si sombre, cependant, que ça ne servit à rien. Je fus même obligée tâtonner pour trouver la poignée de la portière. Mes yeux commençaient à s'habituer à l'obscurité quand j'enfonçai la clé dans le contact. Je la tournai à gauche, rien ne se produisit. Le moteur cliqueta au lieu de rugir. J'essayai de nouveau, en vain. Soudain, à la périphérie de ma vision, un mouvement me fit sursauter.
    - Aaaaaahhh ! hurlai-je en constatant que je n'étais pas seul dans l'habitacle.
    Edward était là, immobile, légère lueur dans la pénombre. Seules ses mains bougeaient, tripotant un objet noir.
    - Alice m'a prévenu, murmurra-t-il.
    Flûte ! J'avais oublié de la prendre en compte dans mes plans, celle-là. Elle avait dû me surveiller.
    - Elle a pris peur en découvrant que ton futur avait brutalement disparu, il y a cinq minutes.
    Mes prunelles, déjà écarquillées par la stupeur, s'agrandirent encore.
    - Les loups lui sont invisibles, précisa Edward, la voix toujours aussi basse. Tu as oublié ? Lorsque tu décides de les côtoyer, ton destin s'évapore aussi. Tu comprend pourquoi cela me rend un petit peu... nerveux. Alice a cessé de te voir, sans pouvoir déterminer si tu reviendrais ou non.
    (...)
    J'étais ahurie.
    - Je réparerai ta voiture à temps pour que tu ailles au lycée, au cas où tu préférerai t'y rendre seule, ajouta Edward après une minute de silence.
    Lèvres pincées, je récupérai mes clés et descendis avec raideur de véhicule.
    - Ferme ta fenêtre si tu ne veux pas de moi cette nuit, chuchota-t-il juste avant que je ne claque la portière. Je comprendrai.
    Je regagnai la maison d'un pas furibond, en claquai également la porte.
    - Que se passe-t-il ? s'enquit Charlie depuis le canapé.
    - Ma camionette refuse de démarrer.
    - Tu veux que je jette un oeil ?
    - Non. On verra ça demain.
    - Je peux te prêter ma voiture.
    Je n'avais pas le droit de conduire son véhicule de patrouille. Il devait vraiment brûler d'envie que j'aille à La Push. Presque autant que moi.
    - Non merci, je suis fatiguée. Bonne nuit.
    Je montai dans ma chambre, fonçai droit sur la vitre que je fermai si brutalement que l'encadrement métalique trembla. Je restai plantée devant pendant de longues minutes puis, en soupirant, je la rouvris.

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